VICTOR-LOUP DENIAU


Créateur de Vitraux
l’Art véritable n’a pas besoin d’explication
J’ai cherché un verre, que je pourrai rendre irrégulier à ma guise. J’ai donc aimé la dalle de verre pour son épaisseur, 20 mm en moyenne, dans laquelle nous pouvons tailler à souhait afin d’obtenir des nuances de couleur et des vibrations de la lumière. C’est que, dans le verre comme dans l’eau, les ondes de choc se répercutent en vaguelettes, et nous ne nous privons pas d’en jouer à plaisir avec nos martelines ... 

J’avais 26 ans lorsqu’un ami me proposa de me faire découvrir la cathédrale de Chartres et ses vitraux. En pénétrant dans le fond de la nef, je fus saisi par la fraîcheur, le silence, et surtout par l’obscurité de ce lieu impressionnant. Puis, peu à peu, mes yeux s’accoutumant à la pénombre, je vis poindre comme des astres de lumière céleste. Les vitraux de Chartres sont immenses et haut perchés. Alors je commençais à l’aide de jumelles, à me rapprocher, à rentrer dedans, et à nager du regard, dans cette eau multicolore, parmi ces pierres éclairées de l’intérieur.

J’étais aspiré vers le haut de moi-même avec la sensation de respirer un air pur et vivifiant. Les verrières m’apparaissaient des portes ouvrant sur l’éternité. Plonger au travers… Ainsi, de verrière en rosace, sans cesse étonnés et comblés de trésors inespérés, nous ne vîmes pas le temps passer. 

Le soir nous trouva encore, à mendier, devant les derniers cailloux de lumière bleu clair. À cette heure, ce sont les derniers verres à garder le souvenir du jour finissant. Les portiers faisaient cliqueter discrètement leurs grands trousseaux de clés. Il fallait partir. Mais l’émotion avait été assez forte pour perdurer aujourd’hui, 46 ans après, intacte. J’avais trouvé mes maîtres anonymes sans les chercher. J’avais reçu leur enseignement muet, inoubliable. 

C’est pourquoi je tiens que l’Art véritable n’a pas besoin d’explication. Il agit de lui-même sur ceux qui sont prêts à le recevoir et même sur d’autres, à leur insu. Ce qui n’agit pas est néant. Je tiens que l’Art véritable ne saurait se réduire à l’anecdotique du témoignage sur la vie de l’artiste ou sur son siècle ; encore moins s’expliquer par les conditions socio-économiques des populations 
qui le produisent…sinon quel intérêt ?

                                                                    

GALERIE DES CRATIONS